lundi 19 février 2007

DARDACHA-12- Hubert Clerissi le peintre des embarcadères




DARDACHA-12-Hubert Clerissi le peintre des embarcadères
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CHAT ENTRE LE PERSONNAGE BOUZGHIBA ET SON GENITEUR
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Bouzghiba: Hubert Clerissi le peintre des embarcadères nous a quittés le 18 mars 2000 à l’âge 77 ans en laissant derrière lui une œuvre fabuleuse. Vous l'avez rencontré à la galerie Nadar à l'occasion de son exposition qu’il a montée au Maroc. Le peintre gentlemen vous a marqué pas sa simplicité. L'article que vous avez écrit sur lui est le seul à être cité au milieu d’une foisonnante sélection de signatures diverses, mise online dans son site web officiel: WWW.Hubert-Clerissi.Com. Parlez-nous un petit peu de ce peintre monégasque?
Razak: Clerissi était un type formidable. Il s’est toujours éloigné des modes, du tintamarre qu’elles fomentent et des querelles d’école qu’elles alimentent. Il peignait les lieux où il a éprouvé du plaisir. C’est simple comme bonjour. Mais cette simplicité n’est pas donnée à tout le monde. Ses œuvres lumineuses sont un antidote à la tristesse, au désespoir et à la sénilité. Il ne s’agissait pas pour lui de reproduire mais de magnifier. Les séries de ports, de rades, de gares, de quais, de voiliers, de trains et paquebots qu’il a peintes baignent dans une lumière méditerranéenne. C’est le regard ébloui d’un éternel enfant jubilant devant son manège préféré avec ses carrousels magiques, ses cordages dorés et ses scintillantes guirlandes. L’une des plus remarquables toiles qu’il a peintes avec tout ce qu’il a de clerissien c’est à dire de magique, est sans contexte cette vue marine avec un voilier à plusieurs mâts, pièce centrale de la rétrospective 2000. Toute madrague vétuste, tout quai abandonné, tout cargo ou paquebot si délabrés soient-ils deviennent par la grâce de ce coloriste de charme vivants et poétiques. Ils deviennent aussi des témoins diserts du dialogue de la mer avec la lande, du vent marin avec la rusticité côtière. Ils suggèrent l’idée du voyage, du rêve et du dépaysement. Ils sont la réussite d’une innovation qu’on pourrait rattacher idéellement à ce que j’appellerais le néo-perceptionnisme chromatique. Son art neo-perceptionniste serait fait d’optimisme .Il serait dédié à la gaieté de vivre. Comme si le peintre, semblant hanté par la mobilité et le nomadisme, voulait nous rappeler par le choix des sujets, l’agencement des couleurs, leurs vibrantes franges et stries, les préceptes chers à Héraclite:«Tout coule. On ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve. Le froid devient chaud, le chaud froid, l'humide sec et le sec humide».Clerissi était bien vu par l’intelligentsia pour ses qualités humaines .N’est pas membre de la Société des Arts, Sciences et Lettres, qui veut.
Bouzghiba: Sa disparition vous avait profondément bouleversé.
Razak: Quand j’avais appris la nouvelle, j’étais terrassé. Quelque chose de terrible avait mis ma gaieté en berne. Laila Faraoui l’ex-directrice de la gallérie d’art Nadar serait inconsolable. Je me souviens de l’homme comme du créateur. Il était affable et très réceptif. Dès que vous entamez une petite discussion avec lui, vous éprouvez la sensation étrange que vous le connaissiez depuis X temps. Avant le vernissage de son exposition, j’ai fait le voyage Rabat-Casablanca pour voir avant les autres les travaux du «Peintre de Monaco» dont j'entendais parler depuis longtemps. Je fus charmé par les belles choses qu’il avait réalisées. Après la publication de mon modeste billet artistique, il m’a félicité. Il m’a montré son gros book-press bien ornementé, en me disant avec une ferveur in-dissimulable: «Ton article sera placé là, à cette place ». C’était un des rares peintres à n’avoir grief avec personne. Quand il avait su que j’étais peintre, d’une «figuration» n’ayant rien en commun avec la sienne, il m’avait sorti une carte de visite. «C’est la galerie de ma fille» me disait-il affectionnément. Malheureusement, j’ai égaré ce petit bout de papier. Je me souviens qu’il y avait marqué les noms de sa fille Nadia et de son conjoint si j'ai bonne memoire . Je chercherais dans ma paperasse pour retrouver cette carte de visite. Car elle suscite en moi un sentiment de nostalgie
Bouzghiba: Excepté votre article élogieux, cette grande expo est passée inaperçue?
Razak: C’était injuste de ne pas rendre compte de l’activité créatrice d’un artiste de cette carrure. Pourtant Clerissi était un des fervents admirateurs du Maroc et tout particulièrement de la ville de Marrakech. Je souhaite qu’une rétrospective lui soit consacrée au Maroc par les autorités culturelles du pays ou la mairie de Marrakech afin de rendre hommage à cet artiste émérite et réparer cette faute de négligence.Voici chronologiquement ce que des personnalités de renom ont dit à son sujet:

-En 1934 JEAN-GABRIEL DOMERGUE (Président du Jury du Prix de peinture à la Station de Radio Côte D'Azur Nice Juan-Les-Pins) au jeune HUBERT CLERISSI, 11 ans, 1er PRIX:«Bravo à ce jeune talent, qui nous a montré une œuvre de facture bien originale, traitée par lui-même sans l'aide de personne.»
-En 1947 WAKEFIELD MORI (ancien Conservateur du Musée National des Beaux-Arts de Monaco):«Dans les toiles d'HUBERT CLERISSI, la couleur frétille comme les œuvres du Maître vénitien, Francesco Guardi».
-En 1948 GASTON BERNHEIM de VILLERS (Collectionneur et marchand d'Art):«C'est un nouveau talent que je découvre et que j'accroche dès aujourd'hui dans ma collection personnelle».
-En 1950 MAURICE UTRILLO:(alors Président du Jury du Salon Monégasque, dans lequel le 1er Prix a été attribué au tableau "Café de Paris"):«Une peinture qui sort des sentiers battus ! J'ai tenu absolument à ce que l'on donne à ce "Café de Paris", le premier prix. Je souhaite à CLERISSI qu'il devienne un grand peintre».
-En 1955 JEAN DRAGON (critique d'Art): «HUBERT CLERISSI dessine avec une extraordinaire sûreté. Il est aquarelliste d'instinct, par sa prestesse, ses frais accords de couleurs et son sens de la composition. Elles vaudront certainement demain à ce paysagiste harmonieux, une grande réputation.»
-En 1956 MARCEL PAGNOL de L'ACADEMIE FRANCAISE:«Cet artiste s'est attaché à tous les moyens de locomotions, tant et si bien que si l'on nommait un gouvernement de peintres, CLERISSI deviendrait sans doute Ministre des Transports.»
-MARCEL PAGNOL disait aussi: "Ce sont des aquarelles d'homme"
-En 1937 FLORENT FELS (critique d'Art):«HUBERT CLERISSI objective les images du réel avec une largeur d'expression, une liberté d'invention et une aisance technique qui ne serait pas indignes de bien des maîtres renommés.»
-En 1959 JACQUES DORSAY (critique d'Art à la Galerie Bernheim Jeune, Paris):«CLERISSI éclaire le Faubourg St Honoré de la lumière de la Côte d'Azur ; son œuvre forte et personnelle est en train de s'imposer à Paris.»
-En 1960 RENE DOMERGUE (critique d'Art à la Galerie Bernheim Jeune, Paris):«HUBERT CLERISSI est un reporter-peintre pour lequel les spectacles de la rue ont mille attraits qu'il nous fait goûter d'un pinceau alerte dans une gamme de couleurs aux nuances les plus variées. Représenter Monaco sans faire une carte postale et peindre "vrai", c'est le tour de force qu'a réussi ce jeune peintre.»
-En 1964 S.A.S. LE PRINCE RAINIER III de MONACO:«Ayant suivi Monsieur Clerissi depuis ses débuts, j'éprouve une grande joie à le voir s'affirmer dans son talent, en véritable artiste, préoccupé de rendre dans chacune de ses œuvres la vérité et la beauté.»
-En 1975 JACQUES DUBOIS (critique d'art à la Galerie Laborde, Paris):«CLERISSI porte dans son cœur la nostalgie des années folles. D'autres que lui se sont inspirés de cette page de l'histoire contemporaine. Le résultat en fut souvent une peinture à la manière de Van Dongen ou de Touchargues. Le mérite de CLERISSI est de ressusciter le passé au moyen d'un langage moderne, personnel et ne devant qu'à lui-même».

DARDACHA-11-Tandems de cinéma






DARDACHA-11-Tandems de cinéma
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CHAT ENTRE LE PERSONNAGE BOUZGHIBA ET SON GENITEUR
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-Bouzghiba: Parlez-nous des tandems de cinéma?


-Razak: Un tandem est un attelage à deux. Les tandems qui roulent bien nécessitent une mécanique bien huilée et une efficacité dans le choix des itinéraires à emprunter. Ceux qui ont fait carrière dans le cinéma ont eu des fortunes diverses. On doit leur longévité, plus à l’entente cordiale, qu’aux calculs pernicieux. Certains n’ont pu être séparés que par la mort. D’autres ont vu leur destin prendre des directions opposées, à cause d’un petit malentendu qu’un peu de sagesse aurait pu éviter. Ainsi, le premier tandem à citer dans ce petit exposé est un tandem familial: les frères Lumières: Louis Lumière et Jean Lumière. Ces deux inventeurs français créèrent la première usine française pour la fabrication du matériel photographique et organisèrent l’une des toutes premières projections publiques et payantes du cinématographe. Outre-atlantique, leur émule Edison, qui ne cessait de revendiquer la paternité du système, avait acquis, à son tour, le brevet d’un projecteur pour les films du kinétoscope et lance le vitascope. Il avait lui aussi fait tandem avec un autre inventeur moins connu que lui: Thomas Arma. Les Lumières étaient pour le septième art, ce qu’étaient Pierre et Marie Curie pour la chimie et les Grimm pour la littérature enfantine. Un autre tandem d’origine européenne a fait parler de lui de manière élogieuse, il s’agit de Sergio Leone et Ennio Morricone. Ces deux diables d’hommes ont marqué le cinéma universel, avec un genre de western spectaculaire, baigné dans une musique sibylline. Les deux hommes se complétaient parce qu’ils avaient beaucoup d’affinités en commun. Ennio Morricone étudia l'harmonie et la trompette dans un conservatoire de musique. C'est son ami d'enfance Sergio Leone qui lui donne l'occasion, en 1964, de se faire un nom parmi les compositeurs de musiques de film les plus réputés de la planète. Ainsi les films « Pour une poignée de dollars», «Et pour quelques dollars de plus» et «Le bon, la brute le truand» sont devenus des classiques. Ils sont le fruit de cette collaboration fructueuse.Laurel (Stan) et Hardy (Olivier), le duo comique anglo-américain qui avait ému des millions de cinéphiles et de téléspectateurs connut une fin de carrière tragique. Le premier acteur de taille fine passait pour l'incorrigible maladroit du cinéma, le second, obèse payait les œufs cassés. Le tandem marchait comme sur des roulettes. Et pour ne pas le laisser se briser, les deux partenaires avaient choisi de ne pas se fréquenter en dehors des plateaux. Apparemment, il n’y a jamais eu de discorde entre eux, même si, à l’écran ils jouaient aux frères ennemis. Malheureusement, Hollywood leur a joué un vilain tour. Les clauses du contrat initial n’ont pas été révisées pour rehausser leur salaire. En 1957, Hardy décède dans la misère. Quand à Laurel il fut récompensé par un "Oscar spécial" avant de rejoindre son compagnon de route, dans l’au-delà.Les jeunes générations qui n’ont pas encore vu les films de ce duo humoristique, auront, grâce au zapping, l’occasion d’apprécier leur talent soit en analogique ou numérique. Pourvu que l’on se fixe, via le décodeur, sur la longueur d’onde appropriée. Au lieu de ces sitcoms débiles, (sitcoms de mangeaille aimerions-nous dire) qu’à l’accoutumée, les chaînes arabophones présentent au mois de Ramadan, une rétrospective de ces célèbres comiques (Laurel et Hardy, Charlie Chaplin, Mark Sennett …) intercalée des meilleurs sketchs locaux aurait fait l’affaire. Cela permettrait de mesurer le talent des uns et des autres et de faire de la télévision un outil de progrès, non pas une drogue abêtissante. Les "best of Laurel and Hardy" restent: "Au Far-West", "Livreurs, sachez livrer!", " Les Compagnons de la nouba", "Têtes de pioche", "Les conscrits", " Drôles de locataires" ...Revenons en Hexagone, l’allusion en vaut le rappel. Au casting, deux acteurs connus sous le nom de Jean Paul Belmondo et Alain Delon ont failli réussir leur tandem à l’époque où le cinéma français était apprécié par de nombreux cinéphiles. Mais le destin en a décidé autrement. Le succès de "Borsalino" augurait d’une belle relance. Mais ce n’était qu’un mirage. Faisons remarquer que les acteurs chevronnés tels Lino Ventura, Jean Gabin, Gérard Philipe, Louis Jouvet, Raimu, Michel Constantin et Jean-Louis Trintignant pouvaient facilement faire tandem entre eux, mais les scénaristes les préféraient évoluer plus en solo qu’en duo dans des fictions de moins en moins attrayantes.Roger Moore et Tony Curtis ont essayé de faire tandem dans une série qui passait très bien: "Amicalement votre", mais leur itinéraire bifurqua aussitôt le tournage terminé. L’un sera sollicité pour endosser le costume de James Bond (Vivre et laisser mourir, L’homme au pistolet d’or …), l’autre se contentera d’apparitions occasionnelles. En 1969, Robert Baker réfléchissait à un télé-feuilleton où il mettrait en opposition deux personnages fondamentalement différents, mais unis par une solide connivence. Ce fut Amicalement votre. Acculés à jouer aux détectives malgré eux, les deux personnages sont décrits comme une complémentarité dans l’adversité caractérielle. Laissons le juge Fulton, qui est aussi un des personnages clefs de cette série, décrire ce tandem en ces termes: «Le premier est un sang-bleu issu d’une grande famille, Lord Brett Sinclair …l’autre est plutôt différent, un arriviste, Danny Wilde ...L’un sans l’autre, ils n’ont aucun intérêt pour moi. Ils ont tous les deux une certaine valeur, mais additionnés, comme en chimie…Prenez deux produits relativement peu dangereux, disons du nitrate et de la glycérine. Mêlez ces deux produits et vous allez obtenir une combinaison explosive!»
Le scénario, rappelons-le, est de la plume de Brian Clemens.Vers la fin des années vingt du siècle dernier, Salvador Dali, le peintre surréaliste a fait tandem avec Luis Buñuel et le résultat fut un des plus ahurissants. Le duo a donné à voir deux films d’une écriture cinématographique inédite: "Un chien andalou" et " L'Age d'or". Mais le succès a transformé les deux partenaires en coriaces adversaires, chacun minimisant l’apport de l’autre. C’était du cinéma surréaliste avec des images syncopées, violentes et des allusions iconographiques d’un autre monde. Sur la pellicule de cellophane, comme sur ses toiles, Dali a su imprimer sa griffe. La réalité est transcendée, pour devenir un succédané de clichés oniriques où le cauchemar pouvait s’immiscer sans demander l’autorisation. Les acolytes y trouvaient matière de jouissance intellectuelle et libidinale. Les deux courts-métrages font sensation. Mais le tandem se brise, car le deuxième film sortira sans le nom du peintre au générique. Dommage, pour le cinéma d’auteur. La cause est si futile que les cinéphiles devraient les plaindre. Dans la brochure de présentation du film, Salvador Dalí écrivait: «Mon idée générale en écrivant avec Buñuel le scénario de L’Âge d’or a été de présenter la ligne droite et pure de “conduite” d’un être qui poursuit l’amour à travers les ignobles idéaux humanitaire, patriotique et autres misérables mécanismes de la réalité.»Mais Buñuel fut vexé. Il dut rompre avec l’un des amis les plus créatifs. «À ce moment-là, Dalí et moi avons mis un terme à notre amitié. Cela s’est passé précisément trois jours après le début de notre collaboration”, confiera-il.Côté triller, l’australien Mel Gibson et l’américain Danny Glover ont eux aussi fait tandem dans "L’arme fatal". Vu le succès commercial remporté par le premier film, on récidive avec plusieurs autres productions portant le même titre. La réalisation est signée Richard Donner. Les deux coéquipiers (black and white) ont dû beaucoup souffrir dans le film, car leur mission n’était pas de tout repos. Rien à voir avec les flics bon chic bon genre de Miami. Le cinéma indien a lui aussi ses tandems. Amitabh Bachchan et Shahrukh Khan en est un des plus populaires du sous-continent asiatique. Les deux méga-stars hindous ont partagé l’affiche dans plusieurs films dont "Mohabbatein" et "Kabhi Khushi Kabhie Gham".Que peut–on conclure de cette étude, que nous aurions aimé présenter sous forme de film documentaire si les moyens de production étaient disponibles?Primo: la catégorisation fonctionnelle qui facilite outre mesure la classification est fondamentale pour l’approche. Ainsi, poussée à l’extrême, l’analyse nous permet d’identifier deux catégories distinctes: des tandems d’initiation et de conception (comme les frères Lumières, Leone- Morricone …) et des tandems d’exécution (on y retrouve tous les comédiens précités) ainsi que deux colorations caractérielles sous-jacentes: des attelages consensuels et oppositionnels. Laurel et Hardy est un tandem oppositionnel d’exécution tandis que Dali et Buñuel formaient un tandem consensuel d’initiation avant de s’écarteler.Secundo: L’absence quasi symptomatique de tandems de cinéma exclusivement féminins. Certes on a vu Uma Thurman faire tandem avec Meryl Streep, mais c’était fugace. Peut-être que dans les années à venir, on pourrait en voir de plus pétillants et plus solides. Tandis que les tandems homme-femme sont innombrables. L’attirance sentimentale en est le ciment. Mais la plupart d’entre eux est de type exécutionnel. Songez à tous les couples célèbres qui ont partagé de manière répétitive, l’affiche dans des chef-d’oeuvres cinématographiques.Tercio: La présente étude peut être étendue à tous les autres arts sans exception. En musique et poésie par exemple, nous aurons une panoplie d’attelages réussis tels que Joan Baez-Bob Dylan , Simon et Grinfuncul, Oum Kalthoum-Ahmed Rami (le poète écrira à la diva égyptienne plus de 130 kasida), Fouad Najm-Cheikh Imam, Fayrouz-Rahbani, Marcel Khalifa-Mahmoud Darwish, Léo ferré-Aragon. Côté terroir populaire, les duos Karziz et Mahrach, Kachbal et Zeroual sont des tandems d’un genre spécial. Ils mettent des gags dans de la musique folklorique. Le ballet a aussi ses tandems qui font vibrer la foule comme le russe Rudolf Noureïev qui fut souvent associé à Margot Fonteyn, la danseuse étoile britannique, qui reçut en 1979 le titre de " Prima Ballerina Assoluta". (Première Ballerine Absolue).La littérature regorge de personnages fonctionnant en tandems avec les connotations sus-indiquées: Don Juan et Sganarelle, Don quichotte et Sancho Pansa, Jean Val Jean et Javer … Côté auteurs, le duo Sartre et Simone de Beauvoir fut un des plus influents du siècle dernier. Le théâtre universel en offre une multitude. Dans En attendant Godot les deux protagonistes Pozzo et Lucky forment un tandem fantastique dans l’adversité intellectuelle la plus absurde. Bziz et Baz, l’un des plus célèbres tandems de l’humour caustique, a passé lui aussi du tandem consensuel à l’oppositionnel, avant de se disloquer. L’un n’a pas de problème avec les médias audiovisuels officiels, l’autre est proscrit depuis plus d’une décennie pour des raisons inexplicables.Quand un tandem fonctionne à merveille, le répertoire s’enrichit et les belles choses passent directement en postérité. Mais quand sa mécanique tombe en panne, c’est le sauve qui peut qui prédomine. Dans ce cas, l’histoire de l’art n’en retient que les débris de casse et les dégâts difformes. Elle s’appauvrit ou plutôt elle s’enrichit de banalités, vides de sens. Avez-vous pensé aux belles œuvres qui pourraient être cosignées par Dali et Bunuel, Fouad Najm et Cheikh imam, si l’adversité ne les avait pas séparés à jamais?-B: En tant qu'artiste pouvez-vous faire tandem avec un autre?-R: Un proverbe marocain dit: Si deux individus donnent l’air de s’entendre c’est que l’un supporte les conneries de l’autre. Aujourd’hui, il est très difficile de faire tandem avec qui ce soit. On n’a confiance en personne. Même votre frère pourrait, par jalousie, saboter votre entreprise, si vous ne vous pliez pas à ses exigences. On ne peut faire tandem qu'avec le vrai créateur dont on est sûr qu'il ne volera pas vos idées, et pas avec un "dégueulassepeople" inculte et arnaqueur qui, par flicaille, vous poignarde dans le dos. J'en ai vu au Maroc de plus crapuleux et perfides.

-B: C'est quoi un "dégueulassepeople"?

-R: C'est un sale type tout court. Il n'est pas question d'hygiène physique mais d'hygiène mentale, c'est à dire de comportement. Car contrairement à ces types peu recommandables, un clochard pourrait avoir une attitude beaucoup plus noble.


samedi 17 février 2007

DARDACHA-10-Escher ou la racine carée de moins un de l'estampe


DARDACHA-10-Escher ou la racine carrée de moins un de l’estampe
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CHAT ENTRE LE PERSONNAGE BOUZGHIBA ET SON GENITEUR
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-Bouzghiba: L’œuvre du graveur hollandais Escher vous subjugue. Parlez-nous de vos Escheritudes?
-Razak: Pour naviguer dans la galaxie escherienne, il faudrait avoir les préalables de l’eschernaute averti, c’est à dire: un peu d’histoire mauresque (islamisation de la péninsule ibérique), quelques théorèmes de mathématiques, relatifs aux espaces curvilignes et euclidiens (translation, rotation, isométrie, symétrie, rotation, homothétie…) et puis une parfaite connaissance des différentes techniques de l’estampe (xylographie, lithographie, chalcographie…). En négligeant, ne serait-ce qu’un de ces accessoires d’exploration, le triptyque Escher, que l’on tenterait de visualiser, serait boiteux. Chronologiquement, l’étude de son œuvre que j’ai appelée Escheritude est venue après les activités de vulgarisation du surréalisme, renforcée par deux années de picassologie.

-Bouzghiba: Vous avez dit que vous connaissiez l’œuvre avant l’ouvrier?
-Razak: Je me rappelle avoir vu, dans plusieurs revues culturelles, des reproductions offset de sa célèbre gravure représentant deux mains jumelles, dessinant l’une l’autre, et de son osmotique pavage, dans lequel les jeux de contrastes, métamorphosent des poisons en oiseaux et vice-versa. Quand au «visage épluché» qu’il appela Ecorce, il emplissait ma petite cervelle de mystères et d’un onirisme étrange. Une autre image, m’ayant tout particulièrement frappé, représente une construction à plusieurs niveaux, soutenus par des colonnades. Ce qui m’intriguait, c’était d’abord l’enchevêtrement paradoxal des colonnades, ensuite l’écoulement hydraulique sans fin: l’eau se jetant sur une turbine placée en bas, remonte par des petits canaux orthogonaux, dessinés en perspective. Mes sens de perception en étaient déroutés et égarés. Je ne connaissais pas encore le génial créateur qui avait conçu cette construction impossible à bâtir. Le plus souvent on ne mentionnait pas le nom de l’auteur de ces images fantastiques, qui me rappelaient par leur aspect ludique, d’autres que j’avais vues dans un livre anglais de béhavioristes, et qui présentaient la même ambiguïté de lecture. Ce n’était que plus tard que j’avais su qu’elles portaient l’estampille de M.C. Escher. Le graveur néerlandais s’est servi des astuces de la perspective et de la relativité de la notion d’échelle, pour créer des illusions d’optique. Visuellement, cela semblait tangible, mais il était très difficile, voire quasiment impossible, d’en concrétiser l’édification avec du ciment et du mortier. Les monographies sur cet autre illusionniste étaient introuvables dans les librairies de Rabat, à l’époque où son œuvre m’avait interpellé. La précision du trait et l’assurance avec laquelle il gravait ses objets, m’avaient stupéfié. Ma soif de le connaître davantage sera bientôt étanchée, grâce à un concours de circonstances, le moins qu’on puisse dire hasardeuses.
En effet, en 1989, j’eus l’occasion d’en savoir plus grâce à un livre d’art qui m’avait été donné (ainsi que deux autres monographies: l’une sur Van Gogh et l’autre sur Mondrian) par l’Ambassadeur du Nederland. Cela est venu juste après la clôture de l’évènement artistique international «Art en Direct» que la capitale avait accueilli pour la première fois. Pour commémorer son avènement, j’avais peint une toile thématique (une peinture à l’huile). Cette toile plut à l’ambassadeur. Il voulut l’acheter. Mais comme un des co-initiateurs de cette manifestation transculturelle, (un canadien dénommé Richard) m’avait expliqué que le soutien de l’ambassade des Pays-Bas était déterminant, alors j’avaisi offert cette toile penditive qu’on peut fixer au mur sans l’aide d’un cadre.
-Bouzghiba: Pourquoi il n’y a pas eu de suite à cet événement?
-Razak: Les artistes qui y ont participés ne se sont plus revus pour discuter d’un bis. Le canadien et le hollandais qui avaient insufflé l’idée ont disparu des parages. Pilot eut une fin tragique. Certains peintres comme Bouhmadi ont émigré vers l’étranger, d’autres ont changé de métier ou ne font plus parler d’eux .
-Bouzghiba: Rappelez-nous les principes du happening «Art en Direct» dont la toile commémorative a été retenue par l’ambassade des Pays-Bas?
-Razak: Cela consiste à peindre devant le public, dans une ambiance musicale. La manifestation était dédiée au dialogue interculturel et à la Paix entre les peuples. Une bonne vingtaine d’artistes issus des cinq nations (le Maroc, la France, la Hollande, le Canada, et l’Irak.) prit part au premier Art en Direct. Le défunt Albert Pilot, peintre normand qui vivait au Maroc depuis plusieurs décennies, y figurait en tant que doyen. Il était aussi coorganisateur de cet événement d’envergure puisqu’il contribua efficacement à sa réussite, en apportant sa logistique (chevalets, accessoires…).

-Bouzghiba: Revenons à Escher, et à la toile logographique?
-Razak: Pour enrichir le contenu de ce tableau commémoratif, je m’étais inspiré des motifs de décorations ancestrales notamment ceux utilisés par les Maures (rosaces à plusieurs branches) avec un effort de géométrisation personnelle notamment pour dessiner des polygones étoilés afin de symboliser la pléiade d’artistes ainsi réunie. En feuilletant le livre (Le Monde de M.C. Escher, Ed. Chêne) qui m’a été remis après l’événement, j’avais remarqué, non sans satisfaction, que ce graveur émérite avait goûté, avant que je sois né, au même breuvage: les pavages mauresques. Depuis cet événement, Escher est devenu pour moi la référence en matière d’estampe, il a complété ce que Durer et Rembrandt avaient légué à la postérité.
-Bouzghiba: Mais qui est Escher?
-Razak: Il s’appelle Maurits Cornelis Escher (Mauk pour les intimes) est né le 17 juin 1898 à Leeuwarden, en Frise (Pays-Bas). Son père G.A. Escher est hydraulicien. Escher apprend la technique de la gravure sur linoléum, avec l’aide de son professeur du lycée d’Arnhem, Van Der Haagen. En 1919, il entre dans l’ancienne Ecole d’Architecture et des Arts Décoratifs de Harlem. L’architecture ne l’intéresse pas, il se dirige vers les arts décoratifs. Ce choix est encouragé par son formateur, l’artiste Samuel Jessurun De Mesquita. Grâce à ce dernier, le jeune Escher trouva enfin sa voie même si elle était pleine d’embûches. L’art de la gravure exige beaucoup de maîtrise et de dextérité. Il s’y investit à fond. Devenu mature, il part en Italie en 1922, accompagné par deux amis. Le pays de Leonard de Vinci, berceau de la Renaissance, l’attire, et c’est là qu’il rencontre Jetta Umiker dans une pension où il avait fait escale. Il se marie avec elle en 1924 et s’installe à Rome. Mais avec la montée du fascisme, le démon mussolinien le hante. Il quitte l’Italie en 1935 pour aller en Suisse (Château-Oex ) .Il ne s’y plait pas. Il déménage en 1937 à Uccle (Belgique). En 1941, il retourne au pays natal, d’abord à Baarn, ensuite à Laren où il se fixe définitivement. Il mourut le 27 mars 1971, peu de temps après avoir réalisé le chef-d’œuvre lino-gravé intitulé «Serpents». Il a donné un grand nombre de conférences dans les grandes écoles et instituts scientifiques d’Europe. L’on note qu’il est devenu satrape en faisant partie du collège de pataphysique. Sa première lithographie s’appelle Goriano Sicoli et sa première exposition eut lieu à Sienne.
Les historiens et commentateurs de l’art ont divisé son cheminement de graveur en deux segments. L’année 1937 constituerait une année charnière. Après cette date, l’on assiste à une nette démarcation par rapport à ce qu’il avait l’habitude de graver. Dans ses voyages d’études au sud de l’Italie, c’était la réalité visible qui l’intéressait et il parvenait à de remarquables synthèses graphiques. Il frôla le surréalisme. Il serait même devenu le Salvador Dali de l’estampe s’il avait persisté dans cette voie expressive où l’humour et la fantaisie se disputent la planimétrie de la pierre ou la planche à graver. Des œuvres remarquables comme: «Nature morte et une rue» (où la rue se prolonge à l’intérieur de la chambre de l’artiste et où des bouquins prennent la dimension d’un conglomérat de maisons) pourraient être affiliées à ce mouvement initié par le poète et écrivain français André Breton. Mais le surréalisme ne l’intéressait pas. D’ailleurs un artiste qui travaillait constamment avec une équerre, un compas et un burin ne pouvait pas avoir l’automatisme d’un Max Ernest ou d’un Joan Miro et encore moins le lyrisme d’un Magritte. Dès qu’il visita l’Alhambra de Grenade et la Mosquée de Cordoue, Escher en devient un autre. Les vestiges de l’ère musulmane (patios, mihrab, mosaïques, azulejos, carrelages, faïences ...) le fascinèrent. Ils lui ouvrirent des perspectives inédites en éveillant son imagination. Il copiait dans ses carnets les motifs qui lui paraissaient d’une certaine utilité pour ses futures estampes. L’usage du double emploi des contours devient si fréquent et si subtile. Le motif décoratif devient unité séquentielle à connotation plus narrative que décorative. Or, comme le cyclique renvoie inéluctablement au cosmique (rotation de la terre autour du soleil et de la lune autour de la terre) les configurations cycliques, sorties des sillons du burin de M.C. Escher, deviennent une sorte de tissage à trame ouverte sur l’infinitude. Elles sont le fruit d’un minutieux travail d’ordonnancement spatial. L’art islamique avec ses arabesques (mounamnamate) et ses ornementations réalisées avec du calcul mental avait aiguisé son regard:
-Bouzghiba: Escher n’est pas de ces ingrats qui oublient leurs bienfaiteurs?
-Razak: En effet, il suffit de lire son autobiographie pour mieux apprécier les qualités humaines de ce graveur: «C'est la source d'inspiration la plus riche que j'aie jamais connue et elle ne s'est jamais tarie, affirmait-il. Les dessins de symétrie montrent comment une surface peut être divisée et remplie par des figures de formes similaires, contiguës les unes aux autres, sans laisser d'espaces blancs. Les Maures étaient passés maîtres dans cet art. Ils décoraient les murs et les sols, en particulier à l'Alhambra de Grenade, de pièces de majolique congruentes et de différentes couleurs sans espaces libres. Quel dommage que l'Islam ne leur ait pas permis de faire des dessins figuratifs. Ils se sont limités aux figures géométriques abstraites. (...) Cette restriction m'est d'autant plus difficile à accepter que la représentation figurative des composantes de mes propres dessins a toujours été la raison de mon intérêt inépuisable dans ce domaine.»
-Bouzghiba: Escher, autrefois élève cancre en mathématique, on raconte qu’il dut doubler par deux fois une année scolaire et échoua même au baccalauréat comme Albert Einstein, le père de la Relativité, mais le revoilà qui devient l’idole des mathématiciens et des physiciens du monde. Une ascension extraordinaire, ne trouvez-vous pas ?
-Razak: Les chimistes qui ont développé les recherches de polymérisation trouvent une éclatante illustration graphique de leurs théories dans l’œuvre protéiforme d’Escher. Les cristallographes et les chercheurs en minéralogie microscopique, ne juraient que par notre Doctoris Honoris Causae M.C. Escher. Il en serait de même pour les généticiens que ce soit ceux d’avant ou après Doly. Si ces ingénieurs de l’infiniment petit parlent de «bébés-éprouvette» Escher avait la latitude de parler de «pavages d’équerre» et de «clones polyédriques». Avec ses tesselations multidirectionnelles, la gravure devient champ foisonnant de mystères. On dirait que l’artiste cherchait la racine carrée de moins un de l’estampe. Son monde est fait de polygones (pentagone, losange, triangle, hexagone, rectangle…), de polyèdres (octaèdre, tétraèdres, dodécaèdre …) et de constructions énigmatiques ayant leur propre logique. Compte tenu de leur degré de rationalisation, l’on ne peut que conseiller les étudiants universitaires de la branche scientifique (cycles: MP, BG et Architecture) de mettre un peu d’Escher dans leur cursus, car avec ce graveur d’œuvres algébriques, on sent l’ingéniosité sortir des pores. Escher a employé tous les types de perspective (cavalière, cylindrique, sphérique…) et a exploité à fond toutes les possibilités offertes par les 17 modes de pavages périodiques inventés par les Arabes et qui laissent le motif invariant quelque soit le schéma de progression choisi, dans un but d’en faire des curiosités visuelles qui défient le regard.
-Bouzghiba: Un biographe avait écrit sur lui cette phrase: «Quand on examine la teneur de ses estampes l’on croirait qu’un extraterrestre avait réalisé ces gravures»

-Razak: Mais Escher semblait d’un tempérament insatiable et inaltérable. N’a-t-il pas dit: «Tout cela n’est rien comparé à ce que je vois dans ma tête» ?

-Bouzghiba: Que voyait-il d’infigurable et d’insolite: des pavages d’ombres en 3D ou des bulles d’air coagulées? Des sons solidifiés en cristaux ou l’autre bout de l’univers? Des enregistrements acoustiques du bruit des pas d’une fourmi où des brochettes de beurre in-liquéfiable sous 100 degrés Celsius?
-Razak: L’esprit humain est tellement vaste
Bouzghiba: Mais malgré la finesse de son travail, sa richesse culturelle et la sensibilité exacerbée dont il faisait montre, Escher n’aimait pas qu’on l’appelle artiste?
-Razak: Il a fait des déclarations étonnantes comme celle–ci: «Peut-être que d’autres artistes arrivent à apprécier mon œuvre, quant à moi, je n’y arrive pas, dans la plupart des cas, à apprécier le leur. D’ailleurs, la notion «artiste» ne s’applique tout simplement pas à moi.»
-Bouzghiba: Que lui dirais-vous s’il avait dit cette chose devant vous?
-Razak: Non! Monsieur Escher, au risque de vous contrarier, je dirais que vous êtes un véritable artiste et l’un des plus doués de votre génération. Permettez-moi de vous donner la preuve de ce que je dis: tous les peintres de renom ont été plagiés. Ils ont trouvé facilement le faussaire et le copiste pour reproduire, à satiété, leur œuvre. Quand à vous monsieur Escher, il faudrait être Escher pour le faire. Que les as de l’estampe, qui veulent infirmer cette véridique assertion, nous montrent de quoi ils sont capables. Qu’ils nous reproduisent par exemple la xylographie «Serpents» s’ils en ont la dextérité. Certes, avec les progrès de l’informatique, on peut avec l’aide de logiciels (Autocad, Isocad…) en visualiser la configuration spatiale, mais ce sera du techno-art assisté par ordinateur. Or, le charme des estampes de M.C. Escher réside dans la main qui les a façonnées et le flux sanguin qui l’animait. C’est pour cela qu’elles ont de la valeur. Elles sont originales et difficile à imiter. En tant que peintre j’ai essayé de reproduire la célèbre gravure des lézards sur le mur de ma chambre, j’ai trouvé que les lignes commençaient à se lézarder. J’e n’en avais terminé l’esquisse qu’après avoir sué abondamment.
-Bouzghiba: Qui préférez-vous, Escher le «spatialiste» de la gravure, le prestidigitateur ou le poseur d’énigmes graphiques?
-Razak: Je préfère Escher le créateur. Entre le concave et le convexe, ses pérégrinations l’ont emmené aux confins de l’ambivalent et du paradoxal. Il en a résulté une vertigineuse collection d’œuvres d’une beauté radicale. Son habileté a réussi, dans un brassage exemplaire, la fécondation de la géométrie abstraite des Arabes et le pragmatisme des Hollandais. Ainsi, en introduisant des entités descriptives dans les pavages mauresques, sa «Reconquista», résultant d’un ardent déchiffrage numérique, devient par extrapolation un art qui aspire à l’intemporel. Rien à voir avec la «Reconquista» du 2 janvier 1492 qui a été marquée, comme chacun sait, par la reddition de Abou Abdillah (Boabdil) le dernier roi maure et par la remise des clefs de Grenade (Gharnata) à Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille.

mercredi 14 février 2007

DARDACHA -9-René Magritte l'illusionniste


DARDACHA-9-René Magritte l'illusionniste

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CHAT ENTRE LE PERSONNAGE BOUZGHIBA ET SON GENITEUR

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Bouzghiba : Vous appréciez l’œuvre de René Magritte . Par quoi se démarquait cet artiste d’origine belge ?
Razak : René Magritte était un des peintres remarquables du surréalisme. Il était moins provocateur que Salvador Dali , mais beaucoup plus lyrique que Francis Picabia et René Crevel . Il s’écartait quelque peu de l’orthodoxie bretonnienne qui exigeait de l’automatisme instinctif dans l’acte de peindre .
Bouzghiba : Magritte a dit : "L'art de peindre, tel que je le conçois représente des objets, de telle manière qu'ils résistent aux interprétations habituelles". Est-ce que l’objet magrittien est à ce point insaisissable ?
Razak : Les poètes et les écrivains surréalistes , grâce aux textes automatiques , avaient pu créer de surprenantes œuvres marquées du sceau de l’intuitif. Paul Eluard en avait improvisé de plus subtiles .Les associations de mots déchaînés échappant à tout contrôle cérébral, ont imprégné le contenu de nombreux textes d’une beauté originale. Magritte était un illusionniste et un métaphoriste de la peinture. La publicité post- moderniste a trouvé dans son œuvre une source d’inspiration intarissable. Une colombe aux ailes déployées qui se détache du ciel, des chevalets semblent se tenir verticalement comme par lévitation, un train qui s’échappe d’une cheminée , des nuages se laissant toucher par un peigne géantesque, une pomme surdimensionnée emprisonnée dans une chambre. Tout cela agencé pour provoquer notre crédulité perceptionniste. Et pour pousser la contrariété à son paroxysme, il nous dessine une pipe avec la mention paradoxale: « ceci n'est pas une pipe » .Evidemment le peintre avait raison car cette pipe que nous voyons n’est qu’une illustration. Pour qu’elle soit réellement une pipe il faudrait qu’elle dégage de la fumée et pour qu’elle dégage de la fumée il faudrait qu’il y ait du tabac et une allumette. Il nous avait piégé par un subterfuge de sémiologie linguistique enrobée dans une conception purement plasticienne. Magritte avait le lyrisme d’un Joan Miro et la transfiguration excessive de Salvador Dali.
Bouzghiba : Comment devient-on peintre surréaliste ?
Razak: Ceux qui ont créé le mouvement historique et qui gravitaient autour de cet élément catalyseur qu’est André Breton savaient à quoi s'en tenir . Ce dernier a expliqué les fondements du surréalisme dans ses manifestes . De manière générale, les peintres n’accèdent au surréalisme que par les trois voies précisées dans ces manifestes à savoir : le rêve, l’automatisme et la provocation. Ainsi s’apparentant à des clichés pris dans un autre monde, les tableaux de René Magritte sont dûment prémédités. Mais y voit-on réellement ce qu’on croit voir ? Y a-il des sous-tendus et sous-entendus dans la peinture de Magritte ? Le peintre lui-même répond par la négative : « Il n'y a pas de sous-entendu dans ma peinture, malgré la confusion qui prête à ma peinture un sens symbolique ». Mais aux yeux des analystes le peintre peut se tromper de jugement en essayant de commenter son travail. Tout dépend de l’angle de vue sous lequel on capte une vue d’ensemble. C’est comme si dans sa grammaire personnelle, il nous proposait une dissertation avec un foisonnement de synonymes dont la moitié est au figuré et nous donnait à lire des compositions pleines de métaphores.
Bouzghiba : Par ironie , vous avez toujours utilisé l’association de mots art-plat-steak à la place des arts plastiques. Qu’en est-il avec Magritte?
Razak : Avec ce créateur c’est du vrai art. L’inventivité y est apparente. L’art-plat-steak concerne les carte-postalistes qui font de l’art un boulot alimentaire .
Bouzghiba : Qui est Magritte ?
Razak : Il est né le 21 novembre 1898 à Lessines, dans le Hainaut, d'un père tailleur et d'une mère modiste qui se suicidera par noyade quand il avait 14 ans, Magritte n’était pas un autodidacte. Il étudia la peinture à l’académie des Beaux-arts de Bruxelles entre 1916 et 1918. Pour ce belge qui a toujours considéré la peinture comme un moyen, non une fin , voir un tableau dans sa vérité, c'est non pas chercher cette vérité au-delà de ce qui est montré. Georges Roque le critique d’art qui a jaugé son œuvre , souligne cette quête transcendantale « qui renverrait à une signification symbolique ou allégorique, mais qui pourrait bien se trouver confrontée à l'inquiétante étrangeté qui émane des objets les plus familiers, dès lors qu'on les prend en compte pour eux-mêmes, et non pour ce à quoi ils renverraient »
Bouzghiba : Magritte a dit aussi :"Un peintre ne peint pas pour mettre de la couleur sur une toile, comme un poète n'écrit pas pour mettre des mots sur une feuille". De quel peintre voulait –il parler ?
Razak: Ce que j’apprécie chez Magritte c’est la poésie discrète et la dimension novatrice de son œuvre. Quand j’avais entamé l’étude du surréalisme j’avais été surpris par la vastitude et l’étrangeté du monde qu’il peint. Il a réussi parce qu’il a usé de ce qu’on appelle dans la tradition culturelle arabe « Assahl al Moumtaniâ » (l’aisé dont on n’use point ) .Aussi il le faisait sans tintamarre et avec conviction philosophique. A en juger par cet extrait fort éloquent:
« Le peintre peut penser avec des images s'il n'est pas soumis aux préjugés qui le font se considérer comme un artiste qui "exprime", "représente" ou "symbolise" des idées, des sentiments ou des sensations. La pensée d'un peintre s'identifie à des images lorsque l'inspiration le débarrasse de ces préjugés. Elle ne comprend plus alors que des aspects apparents offerts par le monde : ciels, personnes, arbres, solides, inscriptions, etc., réunis dans un ordre qui ne nous est pas indifférent. Une telle pensée est susceptible de devenir visible par la peinture et son sens nous est caché tout autant que celui du monde. Le sens est étranger aux interprétations que l'on en fait.
Bouzghiba: Ce peintre était-il un dialecticien, on dirait un penseur hégélien converti aux arts plastiques ?
Razak: Magritte aimait formuler des expressions qui charment l’esprit . Je vous en rappelle cette autre citation concernant sa propre expérience : « Mes tableaux ont été conçus pour être des signes matériels de la liberté de la pensée. C'est pour cette raison qu'ils sont des images sensibles qui ne déméritent pas du Sens. »

vendredi 9 février 2007

DARDACHA -8-De l'invasion de l'Irak à Katrina



DARDACHA -8 : De l’invasion de l’Iraq à Katrina
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CHAT ENTRE LE PRSONNAGE BOUZGHIBA ET SON GENITEUR
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Bouzghiba : Changeons de registre si vous voulez bien et parlons de l’invasion de l’Irak , êtes-vous pour ou contre ?
Razak : Je suis contre. Ce que je récuse le plus c’est la « hainorme » propagande qui a précédé le conflit , et le laisser-faire de certains « hainigmatiques » chefs d’Etat qui avaient approuvé la « hainième » résolution de l’O-haine-U de l’époque .
Bouzghiba :Pourquoi les mots les plus inoffensifs se vêtissent soudain de haine ?
Razak : Parce qu’on les a trompés dans une encre empoisonnée . Aussi , l’abrutissement des descendants de l’Oncle Sam par les médias influents y’est pour quelque chose . On cherchait à légitimer l’occupation par tous les subterfuges possibles et ils y ont réussi. Si Woody Guthrie le père américain du folksong contestataire était de notre monde, il serait mécontent de l’administration Bush. Il aurait improvisé des quatrains enflammés contre les va-t-en-guerre bien décidés à supprimer ceux qui ne pensent pas comme eux. Guthrie a consumé sa vie sur les routes américaines entre usines manufacturières et plantations agricoles où l’on exploitait inhumainement les ouvriers .Ce diseur de bonnes vérités dont on trouve un sosie chez nous au Maroc sous les traits d’un derviche barbu nommé Sidi Abderrahman el Majdoub, n’aimait pas les prédateurs du capitalisme sauvage.
Bouzghiba : Qu’est- ce qui différencie les deux hommes ?
Razak : Sidi Abderrahman el Majdoub le philosophe populaire qui a été remis au goût du jour par le groupe de musique Nass el Ghuiwane était moins virulent que Guthrie. Certes, il était cynique comme Diogène, mais il épargnait les politiques notamment ceux qui se riaient de la crédulité du peuple , alors que Guthrie les vilipendait sans retenue . Guthrie serait franchement mécontent des visées impérialistes de ces temps-ci. Mener une guerre absurde contre un peuple affamé et sous-médicamenté comme celui de l’Irak, vouloir imposer sa « démocratie » à des gens qui n’en veulent pas et puis soutenir des sanguinaires qui déversent leur haine sur des innocents palestiniens privés de leur terre, ce serait pour ce chantre original, l’horreur des politiques. Son Amérique à lui est faite de gens humbles qui respectent aussi bien leur prochain que leur lointain et non pas de potentats ivres de pouvoir qui rêvent de dominer le monde et s’approprier ses richesses terrestres et souterraines .Son Amérique à lui n’est pas celle qu'on cherche maintenant à enjoliver avec les décibels de radio Sawa, mais celle de la coexistence harmonieuse entre tous les peuples de la terre. Ce musicien qui écrivait « This machine kills fascists » sur sa guitare ne mâchait pas ses mots. Le plus dur des fachos aurait tremblé en écoutant ses refrains. Guthrie aurait montré aux warriors des croisades Huntingtonniennes leur vrai visage. Cet artiste qui se mêlait à la foule des paysans et qui avait sillonné l’Amérique avec une guitare en bandoulière n’était pas un illuminé mais un révolté contre l’injustice et la bêtise humaine. Il aurait cassé la voix non pas comme font maintenant les petits chansonniers des cabarets et boites de nuit mais hurlé sa haine aux envahisseurs des Etats souverains. Ce qui indispose aujourd’hui alors que le Liban est à son tour sous un déluge de plomb c’est le silence complice des chanteurs anglo-saxons dits engagés, ceux qui se considéraient jusqu’ à tout récemment comme des héritiers spirituels de Woody Guthrie. Pourquoi tant d’esprits aveuglés ? En effet, ni Bob Dylan ni ce fameux Billy Bragg qui nous dit-on animait avec sa guitare acoustique grèves et meetings dans l’Angleterre blairienne n’ont rien dit de réprobateur envers ces « Terminators » armés jusqu’aux dents qui piétinent le droit le plus élémentaire des peuples à disposer deux mêmes . Les palestiniens font partie de ces peuples privés de ce droit. Peut-être attendrait-on que l’hécatombe de l’Irak et l’amoncellement des ossements humains atteignent des hauteurs vertigineuses comme au Vietnam des années 60 pour que l’on se mette à fredonner des refrains aphones et usés. L’on entendrait enfin un Bob Dylan vieillissant dire « How many human lessons must a man learn before you call him a man ». La parodie après le drame ne mériterait pas d’être amplifiée. Elle tomberait en désuétude dès la première élocution. Autrefois, on se relayait sur l’échafaudage du mythique Woodstock pour chanter l’espoir et la paix entre les peuples .On lançait des messages humains pour une Amérique plus juste et plus clairvoyante en s’inspirait de la prophétie guthrienne qui s’opposait à l’usage de la force contre des populations désarmées. Aujourd’hui, Huntigton a remplacé Woody Guthrie. L’époque de « Make love, Not war ! » semble révolue.
Bouzghiba : Vous êtes pessimiste, ça ce voit ?
Razak : Au rythme où vont les choses au Proche et Moyen Orient, rien ne laisse présager un dénouement définitif des trois questions : palestiniennes, iraquienne et libanaise. Gageons que les différents protagonistes retrouveront la voie de la raison avant que ce ne soit trop tard .
Bouzghiba : Vous avez parlé d’abrutissement collectif et de larmes de désolation massive ?
Razak : La désinformation est une arme d’abrutissement collectif. Dans la « hainorme » propagande mise en branle par les coalisés avant l’invasion de l’Iraq, il fallait diaboliser l’adversaire afin de justifier sa liquidation physique. Du coup, Hitler se faisait ressusciter. Il retrouva un sosie sous les traits physionomiques de Saddam. Or la comparaison, si grossière soit-elle, ne tenait pas debout « logistiquement » . En effet, le dirigeant arabe n’avait ni l’armement du führer, ni les troupes capables de tenir tête à cette armada déchaînée. Il n’avait non plus ni les avions de chasse, ni les sous-marins du Reich. C’est dire que le côté difforme a été rajouté par la propagande tendancieusement orchestrée pour tuer Saddam avant de l’atteindre. Derrière lui, il y a du pétrole en grande quantité. L’information et la désinformation sortent du même laboratoire. Mais l’une est perversion de l’autre, l’une est la corruption de l’autre. Avez-vous observé comment les américains tous Q.I. confondus ont été embrigadés par les laborantins de l’ « info- manipulite » et du lavage des cerveaux ? Même les célébrités du monde du spectacle (Madonna, Sean Penn, Dustin Hoffman ...) dont on attendait un sursaut d’honneur plus citoyen que le « non à la guerre », ont revu à la baisse leur détermination. Ils se sont tus, craignant pour leur carrière. Ils nous ont privés d’un remake pacifiste aussi retentissant que le Woodstock des années Vietnam. Et comme le bourrage des cranes était à l’overdose, certaines stars du show-biz comme Linda Ronstadt ont failli être lynchées parce que l’agit-prop a fait d’eux des traîtres de la patrie impériale. L’invasion s’est déroulée comme il a été décidé par la Maison Blanche avec quelques petits changements de programme. L’ONU assistait en spectateur désintéressé, malaisé, humilié. Comme on s’y attendait la victoire ou plutôt la demi-victoire est revenue au plus fort, au plus menteur et au plus rusé. Une petite victoire somme toute, sans gloire car la première puissance de la planète n’affrontait pas un rival de son calibre mais un tout petit pays désorganisé et affaibli par douze années d’embargo onusien. Mais les prochaines décennies seront vécues sous l’emprise de la loi de la jungle. Le plus fort écrasera le plus faible. La course d’armement va reprendre de plus belle. Les pays pauvres seront à la merci des puissances économiques et militaires. Le new-colonialisme sera encore plus dur à supporter surtout pour les pays arabo-musulmans .La sortie fracassante des Yankee en Mésopotamie donne un avant goût de ce que sera la mondialisation prônée par la Maison Blanche. Quand à « Ben-Laden-la-poisse » sa folie n’a apporté que des malheurs à ses coreligionnaires. On comprend aisément pourquoi après le débâcle iraquienne les palestiniens s’en méfient diablement . Vous voulez coloniser un pays par les américains alors dites que Ben Laden s’y cache ou entretient des liens privilégiés, les GI s’occupent du reste. Deux Etats souverains ont perdu leur souveraineté à cause de cet illuminé déjanté. Ce qui est curieux c’est que lorsque Bagdad était sous le déluge de feu, certains obscurantistes ben-ladeniés croyant que dieu était avec eux, attendaient un miracle, mais ils n’ont vu que les oiseaux de feu aux ailes tatouées « USA » qui crachaient de l’acide sur la cité des lumières.
Bouzghiba : Mais Saddam n’était pas clean. Il en a usé et abusé lorsqu’il était le maître suprême de Bagdad.
Razak : Certes, il était un antidémocrate mais il n’est pas le seul dans le monde, pourquoi s’acharner sur lui , il y a d'autres dictateurs plus endurcis ? Saddam avait la tête dure .Il ne savait pas qu’un jour tout tomberait comme un château de cartes. Au lieu de construire le pays sur des bases solides et instaurer une démocratie durable avec changement de président (cumul : deux mandats, pas plus) il a tenu en laisse un peuple, réprimé les opposants et bridé tout esprit d’initiative. Il ne sait pas que les guerres « neo-age » se font désormais à distance. Elle sont technologiques et informationnelles. La guerre classique avec des baïonnettes est révolue. Le nombre de bataillons n’a désormais aucune signification. C’est le nombre de lance-missiles et de porte-avions qui fait la différence. Quand on compte les dégâts humains de part et d’autre l’on voit que pour toucher un soldat américain il fallait sacrifier 100 iraquiens . Mais où était–on lorsque ces pays fortifiaient leurs arsenaux et consolidaient leur position sur l’échiquier militaire ?
Bouzghiba : Et les larmes de désolation massive ?
Razak : Ne soyons pas durs avec tous les américains . Ils ne sont pas tous pour la guerre en Irak . Je ne suis pas du genre à voir des châtiments divins sur des populations innocentes qui n’ont rien fait à leurs semblables . En effet, le passage de l’ouragan Katrina sur la zone sud des Etats-Unis ( Louisiane, Mississipi , Alabama … ) a été un des plus ravageurs de l'histoire du pays. Cela pouvait arriver même aux Etats les plus pieux. Ne soyons superstitieux .Progressivement, la situation redevenait normale. Des problèmes d’hygiène communautaire ont surgi , mais la conjugaison des efforts a pu en atténuer l’impact . Katrina est parti et il faut souhaiter qu’il ne fasse pas rebrousse-chemin , sinon ce serait le chaos . La catastrophe a créé un désarroi sans précèdent . L’administration américaine , toujours occupée par « The Building Democracy in Iraq » a oublié de consolider ses digues et ses buildings .
Bouzghiba :Le communiqué du département d’Etat relate l’effet de surprise alors que le cataclysme était dans les sonars de pré-détection depuis une semaine ?
Razak : Que dit le communiqué ? « ...Le cyclone Katrina a surgi du golfe du Mexique le 29 août, amenant des pluies torrentielles et des vents violents qui ont dévasté le littoral de quatre États du sud des États-Unis, provoquant des dommages matériels immenses... ».Analysons : Avant son passage, les médias ont en parlé à profusion. La Nouvelle-Orléans, ville-berceau du jazz, était dans le collimateur de Katrina . Mais au lieu de quitter la ville, la majorité de la population s’est emmurée derrière de fragiles cloisons en bois . On ne savait pas que le cyclone allait être un des plus musclés et que la digue retenant les eaux du grand lac était fragilisée . Les déferlements avaient emporté tout , d’où la panique généralisée . Rupture d’électricité, manque de secours d’urgence, incendies , pénurie d’eau de boisson et comme un malheur ne vient jamais seul , le brigandage reprend du poil de la bête . On s’entretue pour une gorgée d’eau ou un biscuit . C’est « sauve qui peut » . C’est une image apocalyptique que les médias locaux renvoient au monde via moult sites électroniques . Le déluge était d’ une ampleur biblique . La lenteur de réaction des secouristes a suscité l’ire de nombreux personnalités publiques et notabilités du show-biz . Ce fut l’occasion idoine pour le polémiste Michael Moore, l’auteur du fameux brûlot Fahrenheit 9/11, de faire entendre sa voix . Il rédige une lettre au Président des USA. Celle –ci est moins caustique que le film documentaire , mais la dérision semble toujours de mise . Cette lettre (datant du 2 septembre 2005 et qui se trouve en VO dans le site du cinéaste : www.MichaelMoore.com ) commence par : « Cher monsieur Bush, auriez-vous une idée de l'endroit où se trouvent tous nos hélicoptères? Cela fait déjà cinq jours que le cyclone Katrina est passé et il y a encore des milliers de gens restés en rade à La Nouvelle-Orléans et auraient besoin d'être secourus par les airs. Où diable avez-vous pu égarer tous nos hélicoptères militaires ? »Elle s’achève par une petite insinuation au calvaire des iraquiens , et en filigrane, on pense au mensonge d’Etat relatif aux armes de destruction massive qui avait entraîné cette guerre sans gloire et généré un torrent de larmes de désolation massive . Michael Moore qui s’est toujours opposé farouchement à la guerre de l’Irak , fustige le patron de la Maison Blanche en ces termes :
« Faites comme si la population de la Nouvelle Orléans et de la côte du Golfe du Mexique vivait près de Tikrit. » écrit-il dans cette lettre qui, comme pour son dernier opus , a contaminé tout le réseau du World Wide Web .
Mais à l’opposé de Michael Moore , il y en a qui ont laissé de côté la polémique, comme l’ex-président Bill Clinton , pour favoriser la solution pragmatique, c’est à dire : la solidarité et de l’entraide . Il faut d’abord régler les problèmes . L’aide s’organise . Les stars de cinéma , les sportifs de renom et les célébrités du monde de la finance sont nombreux à vouloir aider les victimes de l’ouragan Katrina . Céline Dion , la star canadienne est l’une des premiers à répondre à l’appel du cœur . Elle apparut en pleurs dans la célèbre émission de CNN " Larry King Live ", et a promis d’offrir un million de dollars comme don . L’acteur Sean Penn s’est rendu à La Nouvelle-Orléans non pas pour regarder mourir les gens mais pour manifester sa compassion . Il a passé son week-end à secourir autrui . Il a le cœur à la bonne place . Travolta et sa femme Kelly Preston ont porté des vivres et du vaccin aux rescapés . Les acteurs d’Hollywood Morgan Freeman (oscar 2004) et Leonardo di Caprio (acteur principal de Titanic ) se joignent aux organisateurs de compagnes de sensibilisation et de collecte de dons. Nicolas Cage, l’autre acteur oscarisé qui a une maison dans la Nouvelle Orléans a offert lui aussi un million de dollars . Les téléthons organisés ont permis de ramasser de l’argent pour subvenir aux besoins des sinistrés . De grands concerts de musique pop ont été programmés pour aider les populations en détresse . Les chaînes de télévision reçoivent des invités de marque pour exporter le peuple , non touché par la cataclysme, à soutenir leurs compatriotes victimes de cette immense tragédie . Après le pansement de cette plaie , viendra le temps de la méditation, des comptes à rendre et de la réflexion pour mieux se préparer à de tels cataclysmes .
Bouzghiba :Quelle leçon à tirer de cette tragédie ?
Razak : Il est impératif que les USA ratifient le protocole de Kyoto . Car les experts assermentés pensent que le cyclone Katrina n’est pas un phénomène isolé et sporadique . D’autres régions en connaîtraient de plus violents . Car l’échauffement de la planète va crescendo . La circulation des saumures des deux pôles devient de plus en plus intense et leur impact est plus évident sur les courants océaniques . Ce qui engendrerait d’autres perturbations et désordres climatiques . Désormais nul Etat aussi puissant soit-il ne peut prétendre se suffire à lui seul . Car à l’échelle du cosmos même les superpuissances terrestres ne sont que des brindilles de paille à la merci des éléments de la nature en furie

jeudi 8 février 2007

Razak conversant avec deux grands artistes défunts: Mounir Bachir et Larbi Batma

Larbi Batma une voix vibrante du groupe mythique Nass el Ghiwane

Razak avec le célèbre luthiste iraquien Mounir Bachir


Deux autres tableaux de Razak


Deux autres tableaux de Razak