lundi 5 mars 2012
samedi 3 mars 2012
lundi 27 février 2012
Les Baltagiés de l’art
Que ferez-vous si celui que vous croyez être un vrai ami se révèle en réalité un misérable indic de la vile espèce, qui vous espionne comme si vous étiez un subversif voulant renverser le régime. Quand les indics incultes passent de la parole aux actes physiques ils deviennent des Baltagiés, c’est à dire des voyous qui terrorisent le peuple. Le plus notoire d’entre tous vient d’exhiber (dans l’impunité juridique) une hache sur Youtube. D’autres espèces plus nocives ont trouvé refuge dans l’art. Appelons-les Baltagiés de l’art pour simplifier la compréhension. Ces derniers sont les plus facétieux, car il faut un minimum d’art de déguisement pour assurer le bon camouflage. Ce sont des intrus dangereux. Ils ne connaissent rien en art pictural, mais ils agissent comme s’ils étaient des experts assermentés. Pour ces ignares contagieux le fauvisme serait l’antre des fauves et le maniérisme en peinture serait une manie et non un art du répertoire ayant ses propres attributs historiographiques. Ils vous montrent une face rieuse et vous cachent les crocs de prédateurs. Par ailleurs ils se connaissent entre eux et se relaient dans l’unique but de piéger les artistes intègres, ou le cas échéant, de leur extorquer de l’argent indignement et indûment. Quand malencontreusement l’un est dévoilé un autre de plus incorrigible prend la relève. Ainsi, s’il y a des villes qui enfantent des braves et les valeureux, il y’a des villes qui enfantent les indics et les mouchards. On ne peut rien y changer. Ce jeu macabre et absurde du chat et de la souris est depuis l’époque coloniale, ainsi fait. Pour faire diversion, il faut que ces Baltagiés montrent une certaine émulation entre eux. Les intellectuels éveillés et les journalistes incorruptibles savent qu’ils sont épiés et espionnés constamment par ces professionnels de la délation (non reconnus officiellement puisqu’ils travaillent dans le noir et l’informel). Ils bénéficient d’une impunité qui les rend plus dédaigneux, féroces et incorrigibles. Ceux qui ont un petit boulot de formateur dans une institution publique (comme l’enseignement ou la radiotélévision…) jouissent d’une certaine diligence. On ferme l’oeil sur leur taux élevé d’absentéisme, puisque l’agent enrôlé secrètement est au «front» au lieu d’être dans sa classe ou dans son studio de production audiovisuelle. Ils ne viennent à l’institution qui les emploie que pour toucher le cheque mensuel. Par ailleurs, on ne compte plus les victimes tombées dans les pièges de ces sbires. Les Années de Plomb avaient plombé les ailes des créateurs insoumis qui ne veulent pas penser bête. Là où vous mettiez les pieds une horde d’informateurs et une meute d’indics manipulés par des invisibles vous provoquaient et vous harcelaient. L’on avait le sentiment de vivre dans une vaste prison à ciel ouvert et que l’on risquait à tout moment d’être agressé par ces forçats déchaînés qui n’avaient de respect ni pour l’institution qui les employait, ni pour leur personne.
Certes, l’on note aujourd’hui un certain allégement mais on sent vivre à l’étroit et qu’on est toujours sous haute surveillance et puis que nos faits et gestes sont comptés. Le style a peut-être changé, mais l’élan oppressif semble toujours de mise. Les rafles sont devenues moins fréquentes qu’autrefois mais l’oeil et le réflexe policiers sont toujours omniprésents. Ces Baltagiés de l’art, délateurs impénitents, sont guidés plus par leur soif de vengeance que par les deux misérables sous qu’on leur jette comme un pourboire de café. Etant des ratés notoires, ils cherchent à diluer leur poisse dans la vasque de ceux qui réussissent. On les voit mal vêtus et mal rasés comme des gueux vivant d’expédients ou de rognons comme des laissés pour compte. Quand l’Aïd du Mouton arrive ils deviennent d’une mesquinerie qui brise le cœur. Ils sont prêts à commettre des actes ignominieux pour avoir l’ovidé qui fait «Baâ».
Si les gens honorables vomissent quand ils entendent le mot délation, ces professionnels de Tachekamt en font un exutoire psychique. Pour les aider à arrondir leurs fins de mois on les laisse trafiquer un petit peu. Comme la plupart n’a pas de diplôme ils se mêlent aux autres courtiers et font de la Semsara un gagne-pain. Ces individus spéciaux qui surveillent de plus près les peintres au point de leur pomper l’air ont besoin d’être surveillés à leur tour car les infractions commises par certains d’entre eux (trafic de tableaux volés ou plagiés…) sont parfois plus graves que celles que l’on veut prévenir ou circonscrire de manière anticipée. A quand une société sans délateurs et sans Baltagiés?
RAZAK
mercredi 22 février 2012
L'église Sacré-Cœur du théologique au plastique
L'église Sacré-Cœur du théologique au plastique
L’église Sacré-Cœur de Casablanca est sans conteste un monument architectural qui a sa propre histoire. C'est l'architecte français Paul Tournon (1881-1964) qui a dessiné son plan d'architecture. Elle est aussi belle de l'intérieur que de l'extérieur et dotée de deux tourelles jumelles, elle se trouve au milieu de la verdure. En tant que vestige historique, elle a été classée Bâtisse Patrimoniale en 2003. Quand on pénètre à l'intérieur de cette grande cathédrale le regard du visiteur est attiré par les couleurs tamisées du vitrail que les irisations lumineuses ont rendu de plus en plus beau. L'espace intérieur, libre de tout cloisonnement en maçonnerie, répond aux principes formulés par Le Corbusier. De son vivant, Paul Tournon n'avait jamais imaginé que ce lieu de culte serait un jour transformé en un souk des arts plastiques (plats-steaks diraient les malins). On aurait souhaité que les manifestations abritées par cette bâtisse historique soient à but non lucratif ou dédiées aux œuvres de charité. L'Evêché a fait œuvre utile en mettant cette église à la disposition de la municipalité de Casablanca, mais certaines restrictions éthiques devraient être énoncées de manière préambulaire, pour éviter les dérapages, le plus souvent engendrés par la cupidité mercantile. Peut-on organiser une foire commerciale au sein d'une mosquée ancienne comme la Koutoubia par exemple? Ce serait de l'hérésie. C'est une véritable aubaine que d'avoir une telle opportunité, mais de grâce, évitons les amalgames désagréables et les excroissances hybrides. Certes, à Casablanca on manque d'espaces et d'estrades spacieuses de démonstration non seulement pour les arts plastiques, mais aussi pour les autres arts. Cependant, on regrette son exploitation par des gens dont l’unique but est de gagner de l’argent. Comme dans n’importe quel souk chacun des participants doit payer du «Sank» pour son soi-disant stand. On parle de milliers de dirhams pour chaque portion et l’on se demande si les ventes des choses exposées ont rentabilisé la mise. Une telle initiative privée organisée au sein d'un lieu de culte est d'une embarrassante incongruité. C'est du "Habous" version chrétienne. On ne devrait ni en transfigurer, ni défigurer l'essence, si on était réellement pour le respect mutuel, le dialogue spirituel entre les trois religions abrahamiques.
RAZAK
vendredi 10 février 2012
Gil Vicente dans le journal l'Opinion
Gil Vicente le justicier des arts plastiques
Ils étaient neuf leaders mondiaux à être fusillés virtuellement par Gil Vicente, un artiste brésilien qui, ayant apparemment marre de dessiner n’importe quoi et pour n’importe qui, veut passer aux choses sérieuses. Il s’auto portraiture entrain de flinguer, à bout portant ou d’égorger avec un couteau acéré des personnalités influentes du monde politique et religieux. Neuf en tout. Il en est le dénominateur commun. Un acte prémédité et ce n’est pas l’alibi qui manque. Il est aussi net que l’épaisseur du trait.
Dans cette tuerie picturale (je dirais graphique pour être précis) la véritable arme du crime n’est pas le pistolet ou le couteau que le peintre tient dans sa main, mais le fusain ou la mine de charbon avec laquelle il peaufine les silhouettes. Dans son atelier (je présume qu’il en a un de plus vaste, d’après les dimensions de ses toiles) ce justicier des arts plastiques, qui n’a rien d’un illuminé théologisé à outrance, se plait à torturer picturalement ses victimes, pour ce qu’ils ont fait. Il ne sait pas qu’en procédant de la sorte, il les immortalise, à son insu. Gil Vicente ne fait pas de la caricature. Les dimensions anatomiques ont été respectées, comme un bon élève de De Vinci, pour donner, en fin d’exercice, une allure réaliste. Il n’y a pas de satire. Sans doute le dessinateur voulait-il éviter la voie qu’avait prise l’aventurier danois. Gil voulait prendre sa revanche sur ces dirigeants dont certains, il est vrai, se sont avérés de véritables criminels de guerre, puisqu’ils ont causé beaucoup de tort à la race humaine. Du coup, le peintre pacifique qui ne pouvait pas faire de mal même à une mouche devient un serial killer d’un genre nouveau. Et rassurez-vous, il n’est, ni un fou, ni un givré. Il est conscient de l’acte artistique qu’il a commis. La preuve, il a choisi ses victimes scrupuleusement: sept présidents, un pape et un ex-secrétaire de l’ONU. Ce choix n’est pas fortuit. Il a oublié le grand espiègle qui a affolé les barbouzes américains et les agents futés de la Scotland Yard. Il a oublié les gros banquiers qui dictent et imposent au tiers-monde leurs desiderata. Leur réserverait-il un sort pictural bien plus retentissant? Cet assassinat pictural commis par un artiste obnubilé par les dérapages du monde politique est le premier du genre.
La Biennale de Sao Paulo en expose les preuves, non pas par dénonciation ou par complicité, mais par désir de montrer aux brésiliens, de quoi un de leurs compatriotes est capable. Dans cette tuerie propre où il n’y a ni effusion de sang, ni cadavres à autopsier,
Gil Vicente veut se venger de ceux qui, placés au faîte de l’hiérarchie administrative, commettent dans l’impunité, de graves erreurs en portant préjudice à autrui. Le châtiment qu’il leur réserve est purement plastique et homothétiquement dosé selon chaque cas. Sharon, le plus notoire entre tous, est traîné par terre. Dans de tels traitements, on pourrait dire que l’artiste qui voulait châtier les politiques arrogants était généreux et magnanime.
La biennale de Sao Paulo est, depuis le jour inaugural, sur le devant de la scène artistique et politique. Les œuvres graphiques de cet artiste en colère ont atteint le but visé, à savoir: créer la polémique, pour faire écouler la marchandise.
Depuis "L’Urinoir" de Marcel Duchamp, on n’a pas vu d’aussi résigné et provocateur comme acte prémédité. Et comme à l’accoutumée, ce sont les prétendus puristes qui, faisant montre d’un puritanisme douteux, réagissent les premiers. Quitte à endosser le burnous de l’iconoclaste endurci qui a peur d’un dessin et de l’art en général. Ils exigent le retrait immédiat des cimaises, cette collection de tableaux, arguant qu’elle fait l’apologie du crime. Si c’est ainsi, il faudra incriminer et inculper tout Hollywood et ses cupides spéculateurs. Gil a intelligemment calculé son coup. Il sait que plus on en parle, plus sa cote artistique va crescendo. Reste à savoir qui va acheter ces neufs tableaux réalisés entre 2005 et 2006, sous le thème "Ennemis" et qui ont la particularité de se vendre sous forme d’un "tri-triptyque", c’est à dire un tout constitué de neuf pièces, et cela à la bagatelle somme de 260 000 dollars.
Maintenant que l’affaire est saisie par les médias les plus influents du monde et que Gil Vicente est devenu un héros, il serait drôlement intéressant que l’un des individus, "flingués" picturalement par lui, procède à l’achat de cette collection dont les images ont fait le tour du monde. L’heureux acheteur se verrait diminuer un peu de ses péchés, comme après un profond repentir. L’actant politique, haï par la multitude, va accéder directement à l’histoire universelle de l’art moderne, grâce aux tableaux d’un artiste qui rêve de devenir un tueur. Paradoxalement, ces tableaux serviraient de passerelle. Ainsi, l’effaceur enragé deviendrait un passeur consentant, malgré lui. L’ennemi serait ami, en fin de compte. Là, tout le paradoxe.
RAZAK
(Tome-2 de la monographie Bouzghiba-Awards)
samedi 21 janvier 2012
Pour une démarchandisation bien pensée de l’art (le journal L'Opinion)
Pour une démarchandisation
bien pensée de l’art
Il est des écritures simples qui puisent leur sève dans les parages du non-dit et les dédales du non-analysé. Les érudits de la langue arabe appellent cette pertinence "Assahl al Moumtaniâ" (l’aisé dont on n’use point). Dans une de mes lectures estivales, j’en ai décelé sous la plume de l’analyste et professeur de philosophie éthique Olivier Abel quelques marques. En effet, évoquant dans son essai ("La culture et le capital ", paru dans le N°7 de la revue Esprit, sorti en juillet 2000) la marchandisation de l’art et la chosification de la culture, l’auteur a fait une plaisante similitude entre les personnages de la fable de Jean de
«Depuis
Le côté "Assahl" de l’approche, c’est l’extrême schématisation usitée par l’auteur pour désigner à la fois le manager et l’artiste. Cette esquisse en pointillé vise l’établissement d’un lien de communication. Les traits gras servent à souligner les interactions entre les différents protagonistes et le système culturel qui les régit.
«Le manager, ajoute-il, a conquis le monde réel par son industrie et son autonomie. Il a soumis les renommées artistiques elles mêmes à la loi de l’audimat et a fait de l’argent, la seule mesure possible de la reconnaissance d’une œuvre d’art».
Le côté "Moumtaniâ" réside dans le choix de la matière à débattre, à savoir la problématique de l’art. Celle-ci n’est pas facile à décortiquer, vu sa complexité et ses enchevêtrements. Le repli culturel est certes partout un fait avéré, mais l’art en tant que credo en perpétuelle régénération pourrait toujours créer des surprises. De rebonds, en rebonds, il parvient toujours à remodeler les léthargies en les transformant en enthalpies motrices, tout en rehaussant l’image que l’on croyait ternie ou en voie de l’être.
«La position artiste, renchérit Olivier, ne suffit plus à assurer une fonction critique par rapport à l'esprit du capitalisme, qui a très bien réussi à la récupérer».
Abel s’interroge tout en questionnant les céans: «En quoi, dès lors, l'art peut-il aider à retrouver une position critique?»
Notre modeste contribution tenterait d’y ajouter une autre interrogation d’ordre épistémologique, déontologique et existentiel. Comment concilier entre le végétatif, c'est-à-dire l’art alimentaire et le spéculatif et puis l’art en tant que concept philosophique?
Depuis Platon de l’ère hellénistique, nous savons que l’artiste, avec sa vocation mal hiérarchisée par rapport au substrat social global, n’a été (usons du jargon mécanique) que la cinquième roue dont on ne se sert qu’en cas de panne. Il en est de même pour ceux qui, usent de leurs dons pour magnifier l’art, notamment les critiques d’art dignes de ce nom. Le triomphe des capitalistes souligné par moult constats révélateurs a, par ricochet, accentué davantage la décadence de toutes ces bonnes choses qui étaient prédestinées à un avenir radieux. Goya et Picasso ont porté l’art de la représentation à un niveau de militantisme esthétique jamais atteint auparavant, grâce notamment à leur deux tableaux respectifs: "Les Fusillés du 3 mai" (appelé initialement El Tres de Mayo) et "Guernica". Ils sont devenus des œuvres historiographiques où l’on peut lire des pages parlantes de cruauté, de l’histoire du peuple ibérique, vis-à-vis des envahisseurs.
L’œuvre picturale de Goya évoque l’insurrection du 3 mai 1908 et "Guernica" renvoie à la guerre civile espagnole de 1936. Deux toiles d’une éloquence inouïe. C’était la compassion qui en avait dicté le jaillissement. Le capital ne s’en est mêlé, pour tenter d’en faire une marchandise bonne à spéculer cupidement, qu’une fois que la postérité ait mis en exergue leurs attributs culturels postmodernes.
L’art n’aime pas les pessimistes, parce que dans la beauté il n’y a pas de pessimisme. Mieux vaut être Sisyphe que défaitiste. "L’immobilité ça dérange le siècle", disait Léo Ferré (…) Certains disent que le don ne suffit plus. L’assertion n’est pas dénuée de véracité. On leur rétorquerait qu’il faudrait avoir le don inné, de ne pas se contenter du vernis des choses, mais de sonder avec perspicacité leur noumène, c’est à dire leur noyau. Autrefois, l’aristocratie, optant pour la convivialité, acceptait la présence des artistes, tantôt par snobisme, tantôt par affairisme discret. C’était l’époque où culminait le "M’as-tu-vu? J’y étais" de la coquetterie pseudo mondaine. Aujourd’hui, le manager a remplacé le mécène et l’aristocratie (du moins ce qui en reste) s’est repliée sur elle-même par égocentrisme et cocooning castrateur. Le monde virtuel l’absorbe ainsi que sa progéniture. On préfère les joujoux électroniques aux œuvres d’art (toiles, sculptures, livres de littérature…). D’ailleurs, leurs fastueuses mondanités sont en nette régression, par rapport aux siècles précédents. Aujourd’hui, le manager se veut un professionnel et non un mécène. Il a non seulement conquis le monde réel comme, le mentionne cet universitaire dans son essai, mais aussi le monde virtuel (Internet). La renommée de l’artiste doit toujours passer par la manager, pourvu que ce dernier y perçoive un quelconque intérêt, pécuniaire cela s’entend. D’où les liens de compromission et de servitude.
L’auteur fait référence à l’ouvrage de Luc Boltanzki et Eve Chiapello (Le nouvel esprit du capitalisme). Il en rappelle que «l’insolente prospérité actuelle du capitalisme tient au fait qu’il a su non seulement doubler la critique sociale, la laisser «déphasée» (même si de nouvelles formes de contre-pouvoir apparaissent enfin) mais récupérer la critique artiste, notamment dans sa forme post soixante-huitarde.»
Le livre dont Abel fait référence est on ne peut plus révélateur: «Le capitalisme prospère; la société se dégrade. La croissance du profit s'accompagne de celle de l'exclusion. La véritable crise n'est pas celle du capitalisme, mais celle de la critique du capitalisme. Trop souvent attachée à d'anciens schémas d'analyse, la critique a conduit nombre de protestataires à se replier sur des modalités de défense efficaces dans le passé, mais désormais largement inadaptées aux nouvelles formes du capitalisme redéployé».
Or, à notre humble avis, une critique sociale en termes positivistes et bergsoniens est éminemment dialectique. Vue sous un angle radical, elle devient anti-tout. Tout révisionnisme qui se propose de reformer la société, déjà marchant à double vitesse, serait voué à l’échec, si l’on ne procédait pas à une synchronisation cinétique. L’art a toujours été un outil efficace, pour la stigmatisation de certaines valeurs. Une de ses vertus consiste à esthétiser la laideur. Les environnementalistes n’ont-ils pas les mêmes objectifs? La plus grande bataille reste une démarchandisation bien pensée de l’art. Cela ne veut pas dire abandonner le marché de l’art, mais lui insuffler de nouvelles valeurs éthiques, afin d’assainir les mécanismes de son universalisation. Opérer une rupture avec la spéculation inhumaine qui, à force de hausser les enchères, a tué l’art et ridiculisé les artistes. Que signifie un Van Gogh adjugé 80 millions de dollars, alors que de son vivant, cet artiste martyr de l’art ne trouvait même pas de quoi vivre décemment? Cette distanciation plus que nécessaire et cette moralisation sont un impératif, pour que la société, déjà en proie à de sérieux morcellements, retrouve sa cohésion. Il lui faudrait un connexionnisme sentimental, une sorte d’Internet du cœur plein de dignité et de probité. Un nouveau concept de culture basé sur l’égalité des chances et le respect du génie créateur. Au lieu du trafic d’argent dont tout un chacun constate les dégâts, il faudrait un trafic de bonheur. Seul, l’art pourrait en procurer à la démesure. Quand à la charité-bizness dont on nous a rabattu les oreilles, à longueur de journées, elle doit disparaître pour de bon, afin de faire l’éloge et l’apologie du labeur. Et que fait-on déjà pour les artistes vivant à la marge de la société ou qui agonisent? Certainement, on leur prépare le linceul et le cérémonial hypocrite d’outre-tombe. Les managers de la mort-bizness s’en chargent et puis ce ne sont pas les pleureuses qui manquent.
RAZAK
(Tome-2 de la monographie Bouzghiba-Awards)
vendredi 20 janvier 2012
7th Bouzghiba-Awards Indian Embassy in Rabat wrote to Shahrukh Khan
On Wednesday 18 January we were received by Indian Embassy in
We were assured that the Embassy has sent a letter to Shah Rukh Khan. We want to receive an answer and a reply as soon as possible